Skip to content

Conférence : Le salut selon la tradition orthodoxe

Pour situer l’histoire du Salut, il convient au préalable de revenir sur la création selon notre tradition chrétienne et la chute d’Adam qui s’ensuivit, que l’on appelle aussi le pêché originel, ce qui a provoqué la chute de la création toute entière.

Le sauvetage de la création déchue (et donc de la création dans laquelle nous vivons encore aujourd’hui ) nous est venu par notre Seigneur Jésus-Christ. 

Pour commencer mon propos par la fin, et le dire d’un seul tenant : le Christ est la voie du salut.

Je vais maintenant détailler mon propos : 

Selon notre tradition chrétienne, Dieu est Amour et Dieu est éternel. Ce Dieu Amour est un Dieu trinitaire. Une seule nature, la nature divine, qui s’exprime en trois personnes : Le Père, le Fils et le Saint esprit. C’est le mystère de la Sainte-Trinité.

Le Dieu éternel est tout en tout, rien de ce qui existe ne peut donc exister hors de lui. Par conséquent, tout ce qui est hors de Dieu, l’être suprême, relève du non existant, du non-être, du néant.

Or Dieu décida de créer en dehors de lui, et donc à partir du néant, un tout autre que lui.

Dieu créa donc l’univers à partir de rien, à partir du néant (ex-nihilo) : (Genèse 1-1.) « AU COMMENCEMENT, DIEU CRÉA LE CIEL ET LA TERRE. OR LA TERRE ÉTAIT INFORME ET VIDE, LES TÉNÈBRES COUVRAIENT L’ABİME, L’ESPRIT DE DIEU PLANAIT SUR LES EAUX »

C’est donc par sa seule volonté créatrice que le Dieu trinitaire prit la décision de créer en dehors de lui, un tout autre que lui.

Créée à partir du néant, la créature n’existe de facto qu’en Dieu et par Dieu, sinon elle revient à son néant.

Cette libre décision de Dieu, cette volonté créatrice, a marqué ce qui est désigné dans la genèse comme le commencement, puisqu’il est dit :  au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

À ce stade, il est intéressant de revenir sur les termes de cette toute première phrase :

– Le commencement de la création désigne ici le commencement du temps. Le temps est donc aussi une création de Dieu. Le temps n’est donc pas éternel et il est ici important de souligner la différence entre le temps et l’éternité.

En effet, le temps a un commencement qui a été décidé par Dieu au moment  de la création. Selon les écritures, ce temps qui accompagne la durée d’existence de cette création, s’achèvera avec la création lors de ce qu’on appelle justement « la fin des temps » ou l’apocalypse.

Tandis que Dieu, lui qui est Éternel n’a ni début ni fin. L’éternité de Dieu porte donc quelque chose d’insondable pour l’homme. 

L’éternité ce n’est certainement pas un temps terrestre qui dure infiniment, car l’éternité surpasse le temps, elle est au-delà de la création, et donc au-delà du temps. 

Pour l’homme qui vit dans la création et le temps, il est donc normal que l’éternité lui paraisse insaisissable et difficilement concevable.

– Le ciel et la terre dont il est question au premier jour de la création ne correspondent pas tout à fait à ce que nous pouvons penser. La terre dont il est question ici englobe en fait tout le monde créé corporel, matériel, visible, cela inclut bien entendu notre planète terre, mais aussi son firmament que nous appelons ciel, ainsi que les astres et tout le cosmos.

Et donc le ciel dont il est question ici ne correspond pas à notre ciel matériel, mais il représente le monde intelligible, le monde invisible, le monde des esprits, et donc aussi le monde angélique, tout cela est aussi est une création de Dieu.

C’est par sa parole que Dieu créa l’univers :(Genèse 1-3) : « Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut ! ». Il a donc suffi que Dieu dise pour que la chose se réalise. C’est donc par son verbe, sa locution, son Logos, qui est la deuxième personne de la trinité que Dieu créa l’univers.

Pour tenter d’imager la création, de manière très suggestive , je citerai cette magnifique phrase de Saint Philarète de Moscou : 

« Les créatures sont posées sur la parole créatrice de Dieu, comme sur un pont de diamant, sous l’abîme de l’infinité divine, et au-dessus de l’abîme de leur propre néant »

L’Amour est la nature même de Dieu. Partageant une nature Divine, donc un Amour parfait, chacune des 3 personnes divines a pour libre volonté la volonté de l’autre (ce qui constitue par excellence la définition de l’amour).

Ainsi on peut dire que la volonté créatrice est commune aux 3 personnes de la trinité, non pas de manière contrainte, mais parce qu’elles le veulent librement, unanimement, étant unies par un Amour parfait.

La personne à la source de la volonté créatrice est le Père, la personne à l’image de laquelle tout a été manifesté est le fils, la force, l’énergie exécutante par laquelle tout a été créé à l’image du Fils, est le Saint-Esprit.

Dans (Genèse 1,26), Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » D’abord attardons nous sur ce faisons. Les Pères de l’Église ont perçu dans l’usage du pluriel une vision de la Trinité. Saint Jean Damascène appelle ce verset de la Bible «Le Conseil de Dieu», comme si la Trinité se consultait elle-même avant de créer le summum de la création, à savoir l’homme. (Ce « conseil Divin » est magnifiquement illustré par l’icône de la trinité de Roublev)

Porté par un Amour absolu c’est dans une liberté absolue que les trois personnes de la trinité qui forment le conseil divin concourent à la réalisation d’une volonté partagée et Disent : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance »

Le fait que Dieu ait fait l’homme à son image, plus précisément à l’image du Logos, deuxième personne de la trinité, ouvrit par avance la possibilité au Logos, le fils de Dieu, de s’incarner, de devenir l’homme Jésus et de se désigner lui-même dans l’évangile par le terme de « fils de l’homme », inaugurant ainsi la voie du salut.

(Genèse 2 : 7) : « alors Dieu forma l’homme de la poussière du sol et lui insuffla dans les narines un souffle de vie, et l’homme devint âme vivante » C’est donc à l’homme et à lui seul parmi toutes les créatures que Dieu insuffla une partie de lui-même, de telle sorte que l’homme est le seul être créé qui porte en lui une parcelle de divinité. Et c’est la base de notre foi en l’immortalité de l’âme. En effet, l’âme portant en elle une parcelle divine, il normal qu’elle garde cette propriété Divine qu’est l’éternité.

Au commencement la création portait donc le sceau Divin. Tout dans la création était par conséquent magnifique et glorifiait le créateur. Comme il est dit dans le livre de la genèse « Dieu trouva que cela était bon ». C’était le paradis, le jardin d’Eden.

Au sommet du paradis, Dieu positionna l’homme, un être qui résumait en lui tout le cosmos créé. Le rôle de l’homme étant de sanctifier la création.

Il a été créé pour ça, pour sanctifier la création, c.-à-d. d’animer spirituellement la création, de telle sorte que celle-ci remplisse son office, qu’elle se manifeste comme un chant ou un poème d’amour à la gloire du Dieu Amour, dont elle tire l’existence.

« Dieu créa l’homme à son image (ici on remarque l’usage du singulier, on a donc l’impression qu’il fait allusion à la nature humaine, commune à tous les hommes, d’où l’usage singulier), homme et femme il les créa (et là, il utilise le pluriel, c’est comme s’il voulait désigner les personnes humaines, dans leur particularités et leur diversité, d’où le pluriel) »

-Sur la nature et la personne humaine : pour tenter d’exprimer ces deux termes, à savoir la nature et la personne de l’homme, on peut faire un parallèle avec la trinité : comme on l’a dit, la nature Divine est une, en trois personnes unies par un Amour parfait. De la même façon on peut dire que la nature humaine est une, en milliards de personnes, par contre dans le cas de la nature humaine, malgré leur nature unique, les milliards de personnes ont malheureusement beaucoup de mal à s’unir par un amour parfait…et ce depuis quand ? Non pas depuis leur création à l’image et à la ressemblance de Dieu, mais depuis que leur nature a justement été « dénaturée » par la chute d’Adam, devenant une « contre nature ».

-Sur l’image et la ressemblance : L’image de Dieu est inscrite dans la nature originelle de l’homme, puisque qu’il l’a créé, comme on l’a dit, à l’image du Logos. Donc l’image du Logos est imprimé dans la nature de chaque homme. Cependant, c’est la ressemblance à Dieu qui a été perdue, déformée par le péché dans lequel l’homme par son choix libre s’est engouffré. C’est donc notre personne, détentrice de notre liberté qui nous fait prendre conscience de la nécessité de rétablir la ressemblance en corrigeant notre état contre-nature dans lequel nous sommes et en le ramenant à l’état naturel tel qu’il a été créé au commencement. C’est la voie de la religion qui veut dire relier, rétablir le lien…rétablir en nous la ressemblance effective à l’image de Dieu qui est inscrite en nous depuis l’instant de la création.

Étant les seules créatures du paradis créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, Adam et Ève étaient par conséquent les seuls à jouir de la propriété Divine qu’est la liberté.

Pour l’homme Dieu était littéralement la source de sa Vie, et lui prodiguait son Amour.

Ayant été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’homme jouissait en quelque sorte de toutes les qualités de Dieu. 

Un élément primordial différenciait cependant l’homme de son créateur, c’était justement le fait qu’en tant que créature, tout ce qu’il tenait, il le tenait de celui qui l’a créé. Ignorer cet élément, essentiel à l’existence même de l’homme, est donc de l’ordre du suicide.

Pour être totalement réalisé l’homme créé à l’image de Dieu devait donc préserver sa ressemblance à Dieu, en maintenant librement cette connexion d’amour avec son créateur, qui est la source de sa vie.

Or l’amour présuppose la liberté, c.à.d. la possibilité du désir et du refus. En effet, un acte d’amour est toujours libre, il s’agirait sinon d’une contrainte, d’un déterminisme ou d’une obligation.

Dieu donna à l’homme la consigne de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. 

À ce stade une question pourrait se poser : cet ordre Divin était-il nécessaire ?

En effet, certains pourraient contester cet ordre en argumentant que si Dieu avait tout simplement empêché l’homme de manger de l’arbre, la chute n’aurait pas eu lieu. Mais cela voudrait dire que l’homme obéirait à Dieu par obligation et non librement. Or, comme on l’a dit, et contrairement à toutes les autres créatures, l’homme est libre puisqu’il est le seul créé à l’image de Dieu. 

Cet ordre était donc indispensable car il donnait à l’homme le moyen de manifester librement son amour pour Dieu. Porté par cet Amour, la volonté intime de l’homme, son désir le plus cher, devient de faire la volonté de Dieu. Au point même que les deux volontés fusionnent et ne deviennent plus qu’une, et c’est la définition même de l’Amour absolu auquel l’homme était destiné.

Sauf que, comme vous le savez, l’homme décida de faire autrement : tenté par le malin, par le serpent, il décida de s’opposer à Dieu et de lui désobéir. 

Il succomba à la tentation de Satan, dont les autres qualificatifs, très évocateurs, sont le diviseur ou le père du mensonge,

(Genèse 3 : 3-5) « La femme répondit au serpent : du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort. Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. »

En succombant au père du mensonge, Adam et Ève crurent au pire des mensonges : « pas du tout !…si vous mangez du fruit de cet arbre, vous serez comme des Dieux » leur dit-il, laissant croire à l’homme que s’il mange de l’arbre, il peut devenir l’égal ou l’équivalent de Dieu, indépendamment de Dieu et que par conséquent il pourra se passer de Dieu. Dieu aurait donc sciemment caché cette possibilité à Adam et Ève pour leur interdire de devenir son égal.

Bien évidemment, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé, et le mensonge du diable s’est refermé sur Adam.

En mangeant de l’arbre, Adam acquit la connaissance du bien et du mal, tout en ayant la liberté de choisir le mal. Ce qu’il fit…

Non seulement il choisit le mal, mais en mettant la faute sur Ève, et en répondant à Dieu « tu l’as mise à mes côtés » Adam rejeta la faute sur Dieu. À son tour Ève fuyait sa responsabilité en mettant la faute sur le serpent.

Détournés de Dieu et séparés de lui, Adam et Ève réalisèrent « qu’ils étaient nus ».

C’est ainsi que l’homme commit le premier mauvais usage de sa liberté. La possibilité d’un mauvais usage de notre liberté, et les conséquences que cela peut avoir, souligne ce côté terrible de la liberté que Dieu a accordé à l’homme au moment de la création. 

Liberté qu’il n’a accordée à aucune autre créature, car elles agissent invariablement selon leur nature, n’ayant pas la possibilité ou la liberté d’agir différemment.

Ainsi, la liberté qui devait édifier l’homme en l’amenant à vivre par Dieu et pour Dieu, l’asservit dès lors qu’il choisit de vivre pour lui-même et par lui-même. 

C’est la véritable définition du pêché. La séparation de Dieu est en effet à la source de tous les pêchés. Séparé de Dieu, l’homme devient susceptible de faire le mauvais choix chaque fois qu’il en a un, et de donner naissance à tous les péchés. 

En contrevenant à cette seule et unique recommandation, dont l’objectif était pourtant de le protéger de lui-même et de le conserver dans la grâce Divine, l’homme se coupa de la source de sa vie, ce qui l’amena tout naturellement sur la voie de la dégradation par les péchés, et de la mort.

C’est ce qu’on appelle le pêché originel dont la nature humaine porte les conséquences depuis la chute d’Adam.

En coupant le lien avec Dieu tout en reniant sa responsabilité, Adam altéra sa nature crée à l’image Dieu, lui infligeant une cassure et une déformation profonde, la rendant ainsi difforme et donc non ressemblante à Dieu. 

La mort apparaît ainsi comme la conséquence directe du pêché. Pour autant, elle est aussi un moyen de limiter ses conséquences. En effet, mieux vaut pour l’homme de mourir, c’est à dire être exclu de l’arbre de vie, qu’une éternisation de sa condition monstrueuse. (Genèse 3 : 23-24) : « Et Yahvé Dieu renvoya l’homme du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie »

Depuis la chute d’Adam, et tout au long de l’histoire, l’humanité ainsi pénétrée par l’esprit du malin, s’est déformée. La nature humaine aliénée par les conséquences du pêché originel, a commis les guerres, connu les souffrances, la dégradation des valeurs, les mensonges, la dureté du coeur, la duplicité, toutes les formes de déchéance et la sentence invariable de la mort.

Pour autant, le Dieu-Amour n’a pas laissé sa créature courir à sa perte. Tout au long de l’histoire de l’humanité, et là je fais référence aux millénaires de l’ancien testament, Dieu n’a pas cessé d’aller au secours des hommes, en leur envoyant son enseignement à travers ses messagers et ses prophètes.

Ce qui n’empêcha pas ce peuple à la « nuque raide », comme il est décrit dans l’ancienne alliance, de s’enfoncer dans son état morbide et mortifère.

Mais la miséricorde Divine est sans limite, Dieu n’en est pas resté là, il n’a pas laissé l’homme à lui-même, il décida de le sauver en lui redonnant la possibilité de se rattacher de nouveau à lui, de vaincre la mort, et de retrouver ainsi le chemin non pas vers le paradis, mais mieux encore, vers le Royaume des Cieux. Non pas là où coulent le lait et le miel de la terre promise au peuple juif, mais la joie et le bonheur éternels du Royaume des Cieux promis à toute l’humanité.

C’est la voie du Salut qui nous est venue par Jésus-Christ il y a plus de 2000 ans.

Avec l’incarnation du Christ, l’impensable a eu lieu : Le Dieu inconcevable et infini, a pris une nature humaine tout en restant Dieu (Dogme de l’Humano-Divinité du Christ-Concile de Chalcedoine-481)

Lorsqu’il s’est manifesté en « fils de l’homme » comme il se faisait appeler, le Christ s’est dessaisi de sa divinité aux yeux des hommes. Il a en quelque sorte caché sa divinité aux yeux des hommes. ( cf plus loin la notion de kénose du Christ)

Il est ainsi apparu comme un enfant, semblable aux hommes en toute chose, sauf le pêché. 

Il a eu besoin de manger, de se vêtir, de grandir, de devenir adolescent puis adulte, de vivre et d’obéir à ses parents comme tous les hommes. 

Il a vécu en homme parfait, un homme sans le pêché originel, c’est à dire un homme qui fait toute sa joie en vivant librement en harmonie avec Dieu.

À la chute originelle du Premier Adam, répondait le salut, la rédemption initiée par l’incarnation du fils de Dieu qui devient Jésus-Christ, le Dieu-Homme, le Nouvel Adam.

Par son exemple, Jésus le Christ a redonné aux hommes leur fonctions de rois, de prophètes et de prêtres.

En étant le roi, un roi spirituel et non terrestre, qui terrasse les ennemis spirituels : l’orgueil, la haine, le pouvoir, la luxure, la convoitise, le mensonge, l’hypocrisie…il suffit de lire l’Évangile pour constater comment le Christ par l’exemple de sa vie et par la force de ses enseignements a terrassé tous ces ennemis intérieurs que je viens de citer et que l’on désigne par le mot générique de péchés.

En étant le prophète qui connaît la volonté du Père et la transmet au peuple, et qui, par la puissance Divine opère des miracles, relève les paralytiques, guérit les aveugles et ressuscite les morts.

En étant le prêtre qui offre son propre corps et son propre sang en sacrifice, pour sceller une nouvelle alliance d’éternité entre Dieu et les hommes.

– On peut établir un parallèle avec le sacrifice d’Isaac dans l’ancienne alliance qui avait pour but d’éprouver la foi d’Abraham et son obéissance à Dieu. Dieu a finalement demandé à Abraham de sacrifier un bélier à la place de son fils Isaac. Quelques siècles plus tard il n’hésita pas à offrir son propre fils, le Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, qui en homme parfait a obéi à la volonté du Père en acceptant une mort ignominieuse sur la croix, dans le but de sauver l’humanité.

– Sur la kénose et la glorification du Christ : Épître de St Paul aux Philippiens (2:5-11) : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !

Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père »

Comme le dit Saint Irenée de Lyon : « Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne Dieu »

En effet, la divino-humanité de Dieu que nous célébrons à Noël ouvre la voie à l’humano-divinité de l’homme que nous célébrons à Pâques.

À Noël Dieu s’est fait enfant, il a ainsi revêtu la nature humaine lorsqu’il s’est incarné du St-Esprit et du corps virginal de Marie, la mère de Dieu. 

À Pâques, en tuant la mort dans les enfers, en ressuscitant, en montant avec sa nature humaine au Royaume des Cieux et en s’asseyant à la droite du Père, le Christ, nouvel Adam, à rendu la voie du salut accessible à la nature humaine.

À Pentecôte le Christ nous donne la possibilité de « renaître de l’Esprit », de parcourir notre vie avec une joie intériorisée, de traverser sans angoisse l’abîme de la mort, et de nous élancer comme des enfants dans les bras du Père céleste.

De nombreuses personnes considèrent que ce vaste programme est franchement utopique, irréaliste, voire farfelu et que cette soi-disant voie du Salut n’est pas réalisable. Pour eux, l’histoire a prouvé que là où se trouve l’homme, là aussi se déchaînent la division et la haine, que l’homme s’est maintes fois révélé comme un loup cruel pour l’homme, et qu’au final la nature humaine est ainsi faite.

Il est vrai que depuis la chute, l’homme obéit le plus souvent au désordre que lui propose le Démon. Nous le voyons que trop souvent à travers tous les problèmes dans nos relations humaines, tous les conflits et toutes les guerres de ce monde.

Mais, comme nous l’avons déjà exprimé, Dieu n’a jamais abandonné sa créature, il a sans relâche appelé l’homme à revenir vers lui. De son côté l’homme, malgré ses délires et ses déboires demeure un être libre, il peut à tout moment refuser l’invitation de Dieu et accepter les suggestions du Malin, comme il peut réfuter les suggestions du Malin et se tourner vers le Dieu Vivant.

Selon la parole de S. Paul «jusqu’à ce jour la création toute entière soupire… avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté des enfants de Dieu» (Rom. VIII, 19-22).

Notre salut est-il donc réalisable ?

Les disciples du Christ se posèrent la même question et demandèrent au Maître: « Mais alors, qui peut être sauvé ? ». Et Jésus leur répondit: «Pour les hommes impossible, mais non pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.» (Marc 10, 26-27).

C’est donc par le Christ que nous est venue la voie du salut, lui qui a dit : « je suis le chemin, la vérité et la vie ». 

Il est en effet le chemin de lumière qui nous mène à la Vérité qui est Dieu le Père et qui nous donne la vie, par la possibilité que le Saint-esprit puisse reposer sur nous et guide nos pas.

La déification est donc impossible sans le concours de la grâce divine et consiste à purifier son âme et sa vie de tout mal, en s’ouvrant le plus possible, en toute humilité, à la lumière et à l’amour divins.

D’où cette phrase de St Seraphim de Sarov : « Le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint-Esprit », en écho à la parole du Christ lui-même : (Jean 3:5) : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ».

C’est une union intime, quasi conjugale, entre Dieu et l’homme. Cette union totale du divin et de l’humain, préfigurée dans l’Ancien Testament, se réalise en la personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Quand le Fils de Dieu s’est fait homme, quand le «Logos» ou Verbe, ou Parole s’est fait chair, en venant habiter dans le sein de la Vierge Marie pour donner naissance à l’enfant Jésus, le divin s’est uni à l’humain. 

Quand un homme met sa foi en Jésus-Christ, le Christ lui donne son Esprit Saint et, avec Lui, sa Vie de Dieu : c’est l’humain qui s’unit au divin. 

L’homme devient par la grâce (du Saint-Esprit) ce que Dieu est par essence. 

Cela ne veut pas dire qu’il devient Dieu, mais que sa nature humaine est déifiée par la grâce de Dieu. Comment ? en participant à ce que St Grégoire Palamas décrit comme l’énergie incréée de Dieu. Vous allez me dire comment est-ce possible ? C’est le Christ qui par le mystère de son incarnation a rendu possible cet impossible. 

Chaque homme, par la foi, se met dans la situation où il reçoit la Lumière de Dieu, il brille alors de cette Lumière divine, il est « divinisé » ou « déifié » par le Dieu unique qui le transforme par la présence de son Saint-Esprit.

La Nouvelle Alliance, ou la voie du salut est donc l’union de Dieu et de l’homme. 

Le Dieu fait homme s’offre à l’homme qui a foi en Lui.

Pour essayer de faire un rapide survol de ce qui a été expliqué, on peut dire :  

La mort et le péché sont devenus héréditaires à cause du péché d’Adam et d’Eve, le couple dont tous les hommes sont issus. «Le péché est entré dans le monde, – écrit l’apôtre Paul- et par le péché la mort» (Rom. V. 12). 

L’état actuel de la race humaine et du monde n’est donc pas celui auquel Dieu les a destinés.

Le chrétien doit écarter catégoriquement la pensée que Dieu serait à l’origine des malheurs de l’humanité et de la corruption des choses. 

Le dogme du péché originel, révélé par l’Ecriture Sainte, nous enseigne que le bonheur véritable n’est plus accessible à l’homme parce qu’il l’a lui-même abandonné. 

Adam et Eve sont morts à cause de leur péché, et ils ne purent donc transmettre à leurs descendants une vie véritable et éternelle. 

Dieu seul, dans sa toute puissance peut restaurer l’humanité déchue et Il l’a fait par le Christ, notre Sauveur. 

Ce salut était possible parce que, dans sa déchéance même, l’homme n’avait pas définitivement perdu l’image divine. 

L’homme est tombé, il a subi un profond changement de son état, mais Dieu est resté lui-même dans son amour envers les hommes et Il est venu aider l’homme à revenir à la vie.

Le salut de l’homme est donc possible, mais tout comme dans les premiers instants de la création, il reste dépendant de la liberté de l’homme et de sa relation personnelle avec Dieu.

Pour conclure mes propos sur la voie du salut, je voudrais citer les paroles du Christ ( Évangile de St Jean – chap.15) : 

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi »…

« Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite »

Diacre Maoun Abi Nader

 

Published inARTICLESCHALCEDOINE

Be First to Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *