
Si le Liban était véritablement une nation indépendante et souveraine, comment se fait-il que l’état n’arrive pas à former une union nationale sur tous les fronts : politique, religieux, économique, social et militaire, en réponse à une invasion génocidaire menée par un agresseur étranger ?
Comment se fait-il que l’armée officielle du pays se retire, sans combattre, des larges territoires dévastés où des centaines de citoyens sont froidement exécutés et dont le lieu de vie est littéralement anéanti ?
Comment se fait-il que les populations qui vivent dans les zones épargnées par les actes guerriers ne font rien pour défendre les populations civiles innocentes qui meurent quotidiennement sous le feu de l’ennemi, alors qu’elles sont compatriotes d’une même terre ?
Comment se fait-il qu’elles se contentent de rester à l’abri en temps de crise, de s’adonner aux loisirs en temps d’accalmie, ou de quitter transitoirement le pays, remerciant Dieu que les bombes ne leur tombent pas sur la tête, expiant leur passivité par des mots de compassion et des gestes d’hospitalité envers ceux de leurs compatriotes qui ont tout perdu, quand ils n’ont pas perdu la vie ?
Comment se fait-il qu’à l’occasion de chaque conflit, de nombreux citoyens « avisés » soutiennent d’anciens chefs de guerre « avisés »qui militent ouvertement pour qu’un sous-groupe du peuple s’en sorte, en se rendant complice d’une armée d’invasion étrangère dans l’espoir d’éradiquer un autre sous-groupe de ce même peuple, le considérant de facto comme un ennemi intérieur, encore plus dangereux que l’ennemi extérieur, et dont ils sont eux-mêmes impuissants à se débarrasser ?
Quelle crédibilité peuvent avoir d’anciens chefs de guerre quand il se réjouissent de l’élimination d’adversaires politiques avec lesquels ils ont tenu les rênes du pays, durant des décennies de corruption endémique, dans le cadre d’une entente implicite qui a précipité le pays dans une faillite généralisée ?
En somme, comment ce pays a-t-il pu générer une telle profusion d’équations antinomiques insupportables et insolubles ?
En réalité, les différents représentations socio-politico-religieuses libanaises, toute confession confondue, ne sont pas de nature croyante et intègre, mais de nature hérétique et corrompue. Leurs partisans et leurs électeurs sont leurs hommes de mains et leurs soutiens étrangers sont leurs financiers.
Les guerres et les conflits qui se succèdent depuis des décennies au Liban n’ont rien à voir avec la foi ou le patriotisme. Elles se résument à des guerres de gangs, alimentées par de puissants parrains étrangers.
Les Libanais, depuis trop longtemps aliénés, déboussolés et déchirés, ont perdu toute notion de nation, d’indépendance ou d’union sacrée. Ils se sont laissés emporter par le système et sont devenus des mercenaires à la solde d’un chef de clan.
Le pays s’est transformé en une poissonnerie géante, une foire aux bestiaux, où la raison, la compassion, la responsabilité et la justice ont disparu du vocabulaire.
Quand je pense que certains trouvent encore le moyen de se sentir fiers du Liban.
Quel manque abyssal d’introspection…
Combien de Libanais réalisent aujourd’hui que le seul moyen pour qu’un pays gagne son indépendance vis à vis de l’étranger passe par l’élaboration d’une union nationale inconditionnelle, intégrant toutes les confessions qui le composent ?
Il faudrait pour cela que les leaders ne soient pas achetés par l’étranger, qu’ils cessent de se livrer une guerre de pouvoir, idiote, ignoble et fratricide, et que leurs subalternes ne soient pas des moutons endoctrinés et opportunistes. Ce n’est pas le cas du Liban, ni des Libanais.
Combien de Libanais sont intimement convaincus qu’une nation ne peut se hisser à la hauteur d’une souveraineté respectable, à moins qu’elle ne présente au préalable un front uni autour d’une même patrie et d’un même code d’honneur ?
Il faudrait déjà que le peuple de la supposée nation s’entende sur un même destin et un même idéal, en mettant l’intérêt national avant l’intérêt personnel et partisan. Ce qui n’est pas non plus le cas du Liban, ni des Libanais.
Bref, nous n’avons toujours rien compris.
Au Liban, la réalité est aux antipodes de ce qu’elle devrait être, rendant les terribles malheurs du pays comme la conséquence directe du comportement des Libanais eux-mêmes.
Même le massacre abject de milliers de civils ne leur ouvre pas les yeux, ni ne touche leurs cœurs, jusqu’à rendre perplexe les observateurs étrangers devant une telle manifestation d’indifférence.
Pendant que des victimes civiles innocentes et délaissées de tous tombent par milliers, nous voilà repartis, à pas forcés et en totale déconnexion avec la réalité, vers l’intronisation de nouveaux despotes, de nouveaux vassaux et de nouveaux esclaves.
Tour à tour, les partis politiques fanatisés et les masses populaires qui les soutiennent, décomposent le pays, usant des circonstances venant de l’étranger dès lors que celles-ci sont favorables à leurs intérêts clanique, sans se soucier des droits légitimes de l’autre partie, ni des lendemains où les rapports de force ne manqueront pas de changer.
C’est comme cela que la descente aux enfers, initiée il y a une cinquantaine d’années, ne peut que s’accélérer, les Libanais constatant avec effroi que l’enfer n’a pas de fond.
Aujourd’hui, le Liban est un organisme malade, écartelé de toutes parts, avec le vouloir des Libanais eux-mêmes.
La seule chose qui varie au Liban, c’est l’identité du pouvoir en exercice, celle de son puissant bailleur étranger et celle de ses sbires, le tout formant des hordes politiques ignominieuses, systématiquement vouées à l’échec, qui ravagent successivement le pays depuis tellement d’années qu’une bonne partie du peuple épouvanté, épuisé et désemparé a poussé son inconscient jusqu’à croire que la situation sordide dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui constitue une vraie solution…
Comment un Libanais peut-il invectiver un autre Libanais en lui disant : le jeune soldat réserviste Israélien qui s’est mobilisé en réponse à l’appel de son pays et qui viole nos terres et assassine nos civils en appuyant sur un bouton depuis le cockpit de son jet est considéré comme un héros chez lui, et moi qui ne fais absolument rien pour contrer ces attaques, je te considère à toi, qui défend notre sol au prix de ta vie et de tout ce que tu possèdes, comme un hors-la-loi dans ton propre pays ?
Une seule explication à cette intenable assertion : Les libanais ne s’entendent pas entre eux sur les mêmes objectifs, les mêmes valeurs et la même nation, alors qu’ils sont bien du même pays !
La seule transformation qui pourrait sauver le Liban ne peut donc venir que des Libanais eux-mêmes, et non des étrangers.
Car le vrai mal provient de la corruption enracinée dans notre système et la discrimination ancrée dans nos mentalités.
Si nous voulons rebâtir le pays, nous devons au préalable nous changer nous-mêmes, changer notre état d’esprit, nos valeurs et la façon dont nous nous traitons les uns les autres.
Les Libanais ne pourront jamais rétablir le Liban, en allant mendier à l’étranger une intégrité et une justice qu’ils ont eux-mêmes rayé de leur ADN social, religieux, politique et militaire.
Quoi qu’en disent les prestataires du moment, le bilan du Liban et des Libanais est bel et bien une faillite totale, très loin de l’indépendance et de la souveraineté propres à une nation qui impose le respect et dont les ressortissants sont égaux, libres et unis.
Notre pays sera condamné à s’enfoncer dans la faillite, et poursuivra sa trajectoire vers une funeste fragmentation, tant que la somme des Libanais ne formera pas un seul et même Liban.
Ce qui, fort malheureusement, n’est pas prêt d’arriver.
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