Skip to content

QUI EST CHRÉTIEN?

L’ORIENT LE JOUR 06/08/2019

Le terme chrétien occupe une large part de l’espace individuel, politique, communautaire, socioculturel, religieux et même militaire.

Déclinée en de multiples variantes, la notion de chrétien apparaît de nos jours sous des formes diverses : comme une conviction religieuse personnelle, un parti politique, une identité sociale, une particularité culturelle, une philosophie ou même un style de vie.

À l’évidence galvaudé, le qualificatif de chrétien est devenu un mot générique, un fourre-tout, qui a fini par contenir des conceptions, des éthiques, voire des actions, souvent incohérentes et parfois contradictoires. 

Dans ce contexte pourvoyeur de confusion, on peut légitimement s’interroger : au fait, c’est quoi exactement le christianisme ? Qui est véritablement chrétien ? 

Pour être en mesure d’authentifier un chrétien, il faut d’abord connaître les éléments fondamentaux qui le caractérisent, pour ensuite constater si ces éléments se retrouvent chez les personnes qui se disent chrétiennes, ou les communautés qui se qualifient de chrétiennes, qu’elles soient religieuses, sociales, ou politiques.

Dans une démarche qui vise à préciser ce qui caractérise fondamentalement un chrétien, je tenterai de rester aussi sincère et objectif que possible, dans la mesure de mes connaissances et de ma foi en tant que chrétien orthodoxe, et en essayant de m’appuyer sur les sources directes qui traitent du sujet.

Pour les chrétiens, le Christ est l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité divine.

Devenu homme, tout en étant Dieu, sans confusion ni division (concile de Chalcedoine, an 451), le Christ est venu sur terre, il y a plus de 2000 ans, a délivré un enseignement précis, a été injustement condamné à mourir sur la croix et est ressuscité.

Il a ainsi permis la victoire sur la fatalité de la mort dès maintenant et ouvert la voie de la résurrection pour l’éternité, aux humains qui croient en lui et appliquent son enseignement. 

Très simplement, le terme de chrétien est relatif au Christ.

Pour le chrétien, Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne Dieu (saint Irénée de Lyon). Quant aux modalités de cette réalisation, le Christ lui-même les a spécifiées : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » C’est ainsi qu’est annoncée « la bonne nouvelle » : Le Christ est la voie de la rédemption et du salut de l’homme.

Le christianisme n’est donc pas une théorie abstraite, mais la mise en pratique concrète d’une confession de foi. Le chrétien confesse sa foi au Christ-Dieu et manifeste son amour pour lui, dans les faits, et par l’observation de ses enseignements : « Celui qui a Mes commandements et qui les garde, voilà celui qui M’aime. » 

Le moyen le plus adéquat de préciser les fondements de cette affiliation au Christ est de se référer aux paroles et à l’enseignement du Christ lui-même, consignées dans l’Évangile, que les chrétiens appellent aussi : la révélation divine.

Je n’ai ni la prétention ni la capacité de présenter de manière exhaustive le contenu de l’Évangile. Je me contenterai donc de citer quelques brefs extraits, en essayant, dans la mesure de mes moyens, d’interpréter ce que le Christ a voulu dire, dans le but de mieux appréhender ce qui définit l’homme chrétien.

Le Christ a enseigné :

« Festoyons ! Car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé… » Dans cette parabole du fils prodigue, le Christ explicite le point de départ de la relation de l’homme à Dieu : le repentir. C’est en effet le repentir librement décidé par l’homme qui induit sa conversion, c’est-à-dire le changement en profondeur de ses dispositions intérieures. Car nul homme n’obtient le salut par ses mérites propres, puisque tous les hommes sont dégradés par l’accumulation de leurs erreurs, de leurs omissions et de leurs péchés.

C’est seulement par la grâce que l’homme est sauvé. La grâce est la joie de Dieu lorsqu’il est choisi par l’homme. C’est cet amour immérité que l’Esprit-Saint déverse dans le cœur de l’homme, quelles que soient ses errances et ses erreurs, dès lors que celui-ci « rentre en lui-même » et décide librement de « retourner vers son père » malgré tout ce qu’il a à se reprocher. Ainsi transformé par la grâce, cet homme « nouveau », porté par une joie indicible, s’emploie à s’imprégner de l’enseignement du Christ, le nouvel Adam et à observer ses commandements.

Voici un aperçu de quelques enseignements, puisés dans les paroles mêmes du Christ :

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » pour marquer la nécessité de gérer correctement ses obligations temporelles, matérielles et citoyennes, sans pour autant perdre de vue l’essentiel, c’est-à-dire l’attachement de l’homme à son Créateur.

« Observez la beauté des lis des champs qui poussent, ils ne peinent ni ne filent… » pour souligner la fatuité et la futilité d’amasser les richesses terrestres et les beautés artificielles, tant celles-ci sont offertes en surabondance et sans effort particulier de leur part, à ceux qui placent leur destinée entre les mains de Dieu.

« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » pour exprimer qu’il est essentiel pour l’homme de maintenir l’équilibre global de son être (corps + âme + esprit), en insérant dans son quotidien le détachement de la matière et un appétit pour la nourriture spirituelle.

« Ne jetez pas la première pierre » pour appeler à plus de compassion et de pardon, en se projetant un minimum à la place d’une personne fautive, de telle sorte que notre jugement ne finisse pas par retomber sur nous et qu’il nous juge, à nous qui commettons aussi des fautes.

« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » pour nous inciter à scruter nos propres péchés, et à nous employer à les corriger avant de sauter au cou de l’autre et de lui reprocher tous les maux de la terre.

« Les derniers seront les premiers… » pour révéler la paix intérieure et la joie indicible que procurent l’humilité, le don de soi et le service des démunis.

«…et les premiers seront les derniers », pour rappeler aux puissants de ce monde qu’ils sont terre, qu’à la terre ils reviendront, et leur signifier que les manigances et les compromissions dont ils peuvent user pour dominer ne feront que les desservir quand viendra le temps de rendre des comptes, car « tout ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

« Tends l’autre joue » pour attirer l’attention sur la puissance incomparable et inégalée, rédemptrice et fortifiante, du pardon. En effet, l’homme a été créé à l’image de Dieu, plus exactement à l’image du Christ. S’il commet le mal c’est parce que sa nature a été dénaturée et aliénée par le malin. Par notre pardon, nous provoquons un choc salutaire chez notre agresseur car nous lui démontrons que nous faisons la différence entre le pécheur auquel nous pardonnons, tout en condamnant le péché qu’il commet en refusant de lui rendre la pareille. Nous lui montrons ainsi par la preuve, qu’il est possible de haïr le péché et d’aimer le pécheur et le mettons ainsi sur la voie de sa propre guérison.

« Aimez vos ennemis » pour nous apprendre à sonder toute la profondeur de ce mystère : la guerre suscitera toujours un temps de guerre, quand l’amour suscitera toujours un temps de paix.

« Le Royaume des cieux est en vous », pour rappeler que la réalisation du chrétien ne lui est pas extérieure, elle ne se trouve pas dans le monde, mais en lui. C’est ainsi qu’il peut goûter, ici et maintenant, à l’intériorisation du royaume céleste, par un mode de vie qui priorise le recueillement intérieur, la prière et la fidélité à l’enseignement du Christ.

« Aimez-vous les uns les autres, c’est à cela qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. » 

Le corollaire de cette phrase est sans appel : celui qui se prétend chrétien mais qui n’aime pas son prochain n’est pas un disciple du Christ, mais un loup déguisé en agneau, un transfuge du diable.

En effet, c’est par obéissance au Père et par un don surabondant d’amour que le Christ, qui est « doux et humble de cœur », a rénové la condition humaine. Donc, c’est tout naturellement à travers son amour pour le Christ et sa propension à rénover le monde par la loi de l’amour que l’on reconnaît son disciple.

La lumière d’un tel disciple « ne doit pas ( et ne peut pas) être cachée sous le boisseau, mais mise sur le chandelier afin d’éclairer tous les habitants de la maison » Ici, la maison peut vouloir dire la rue, la ville, le pays, la terre ou même l’histoire, comme c’est le cas des saints.

Voilà, en conviction, quelques-unes des caractéristiques du chrétien.

Quant à l’adéquation de ces caractéristiques avec ceux qui se réclament de la chrétienté, elle ne peut pas se vérifier sur la place publique, ou d’une manière scientifique, car la foi n’est pas une affaire exclusivement humaine, mais une affaire divino-humaine.

L’authentification du chrétien ne peut donc se faire que dans le secret de sa relation personnelle avec le Christ. Une relation intime liant la personne humaine vivante au Christ, le Dieu-Homme, le « vivant, celui qui est venu, qui vient et qui viendra ».

Au plus profond de cette relation vivante, le chrétien est susceptible, avec l’aide du Saint-Esprit, de recevoir une réponse aux interrogations qui traversent son expérience personnelle, et toutes les expériences personnelles, depuis deux millénaires et pour l’éternité : suis-je chrétien ? Jusqu’à quel point, porté par l’Esprit-Saint, suis-je en mesure de vivre cette parole de l’apôtre Paul « ce n’est plus moi qui vit, mais c’est le Christ qui vit en moi ! » ?

Published inARTICLESCHALCEDOINE

Be First to Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *